Barbarie, et autres considérations...
Par Véronique Rabuteau le mardi 26 juillet 2011, 12:49 - Communauté - Lien permanent
A cette heure estivale, publier un billet de cette nature, peut sembler 'contre productif'...
Je profite au contraire du temps que chacun peut avoir un peu plus, pour attirer l’œil et la réflexion vers ce qui - me semble-t-il - se dessine de plus en plus surement dans nos sociétés, cette pente de la barbarie.
Pour souligner à nouveau ce que l'ère numérique peut, peut-être aussi, contribuer à éviter de cela.
Version 'philo.' donc...
Barbarie? Oui, une forme de barbarie qui s'installe, assise sur le consensus, les robinets à eau tiède du prêt-à-penser, et toutes formes de relativisme de bon aloi, dotée de son - très certain - pendant réactionnaire (dur) qui fait plus que nous guetter, puisqu'il s'installe, gagne des élections, s'offre les remugles nostalgiques, s'affiche, fait son show - ce faisant, d'un scandale l'autre, d'une collusion avouée pour dix camouflées, mais qu'importe semble-t-il.
Précisant, puisqu'il le faut, que 'barbarie', ne fait pas référence aux barbares antiques, ni même au XXème siècle outrancier des guerres (et encore moins aux essais des années 80 sic celle 'à visage humain'...). Plutôt celle de Thucydide: les 'valeurs locales opposées aux valeurs supposées universelles du civilisé, par exemple l'intérêt du clan avant la justice générale'.
Un monde où se creuse toujours un peu plus le fossé entre la mondialisation, ceux qui la pensent, en usent (ou en abusent), et ceux qui s'épuisent, se désœuvrent, se recroquevillent, bricolent - en attendant que ça passe. En vague espoir d'effet et en désespoir de cause aussi.
Prolifération de micro communautés, gangs, tribus. Presque un désir - conscient ou non - de 'retour en arrière' pour certains. Chacun dans sa hutte ou sa caverne. Chasseurs-cueilleurs d'un nouveau genre. Nécessité de survivre - plutôt que de vivre - retour à 'la nature', à l'autosuffisance (on ne sait jamais, quels dangers nous guettent - ce qui est - hélas - vrai). Violence courante, réactivité outrancière, hurlement des loups, illuminés de tous bords, chacun pour soi, Dieu pour tous pour quelques uns... Intérêt personnel - bien servi - verni culturel, manque de rigueur et de pensée par soi-même, difficulté du choix (et si...), spectaculaire et facilité, distraction(s)...
Quid ici de l'ère numérique?
Nous voici l’œil aux écrans. Pour beaucoup, un œil d’une mobilité toute à l’attrait de la consommation. 
Nous voici, comme jamais depuis l’enfance, entourés, connus reconnus, charmés, surpris - mais pas étonnés, ou, si peu - dans la profusion des liens instantanés. Obnubilés aussi, par notre sécurité chérie – paradoxe de cette civilisation qui jongle aux risques et aux paris, recroquevillée à sa plainte.
Ici, tout serait fluide et à l’oubli, pas d’attachement. Plaisir et recommencer. Virtuosité, panache, légèreté - vantée, vendue - d’un carpe diem si transparent qu’il en est opaque. Au fond, le monde invite à la valse : comment refuser ?
Ça, c'est une pente possible de la barbarie. Une pente ancienne, connue et reconnue, utilisée aujourd'hui comme hier, simplement accélérée et, peut-être ici, plus dévastatrice à long terme (Google n'est définitivement pas mon ami, sorry).
Il en est qui la refusent et considèrent qu'il s'agit au contraire - sans verser dans l'utopie - d'une 'possibilité'. Qu'il faut en préserver et en garantir l'accès - un accès libre, large, au plus grand nombre.
Qu'il y faut des contre pouvoirs solides.
Qu'il est urgent d'apprendre à s'en servir.
Qu'il faut le penser, aussi.
Qu'il est aujourd'hui possible d'échanger avec ses semblables - différents - quasi aux quatre coins du globe, d'apprendre et de confronter des idées, d'observer - et de tirer des enseignements - d’accéder à des sources de connaissance jusqu'alors moins accessibles, d'obtenir aide et entraide, etc.
Ici aussi, la liste est longue, et assez précise.
Alors, s'il vous plaît, n'oubliez pas l'homo numericus comme ils disent. Qui n'est jamais qu'un homme, mieux vaut le répéter.
Il peut lui aussi lutter contre cette barbarie, cette logique de survie qui nous envahie... par 'la force des choses' fini-t-on par dire.
Jamais.
Et si, il faut savoir le dire...




Commentaires
J'avoue.. le net tel qu'il est décrit sur le papier, avec ses ouvertures et ses possibilités d'information est bien différent de ce qu'il cause dans la réalité. Lorsqu'on pense aux enfants Indiens qui jouent à WoW toute la journée pour que leur boss revende des comptes aux US, c'est quand même affligeant..
Et des exemples de ce genre, ce n'est pas ce qui manque.
Oui bien sûr, préservons préserver et en garantissons l'accès du bouzin libre, largement et au plus grand nombre. Mais pour en faire quoi ? Pour se gausser de la braguette à Berlusconi, des frasques de notre trousseur de soubrette hexagonal ? Pour disserter sur la coiffure de madame Royal, sur le score de Christine Boutin aux présidentielles ou sur la dernière connerie de Claude Guéant ? Pour pleurer sur l’eau, les forêts, l’état de l’atmosphère et du nucléaire ? Et pendant ce temps-là… pendant qu’on cause à nos claviers pour échanger des idées qui viendront percuter d’autres idées sans jamais s’échapper du billard ; pendant qu’on porte le dernier bonnet phrygien Jean Paul Gautier devant son écran à cristaux liquides; pendant qu’on s’émoustille de ces fausses révolutions de salon virtuel, ailleurs dans cette Europe si sûre d’elle, le bouzin sert aussi à organiser toutes les petites barbaries quotidiennes, celles des militants du White Power, des petits casseurs sans état d’âme, des idéologues mystiques ou extrémistes bref de tous les porte-flingues sincères ou manipulés de la grande barbarie mondialisée.
Big Brother aurait-il trouvé un nouvel opium pour endormir le peuple ? Après la messe du dimanche de grand-maman, le « consommez consommez » des trente glorieuses voici le « dit tu viens échanger des idées avec moi sur la toile ». Quand on pense que le papa cathodique de Bonne nuit les petits vient de mourir …
Très récemment, dans quelques anciennes dictatures orientales (certaines résistent avec une grande barbarie) au moins on est vite passé des idées aux actes et dans la rue s’il vous plait, comme au bon vieux temps de tonton Danton.
Oui la barbarie revient. Elle a changé de visage (quoi que ?), mais ce n’est pas le vent qui frappe à notre porte, c’est bien elle avec sa vilaine gueule en coin. Faut-il se repasser le film comme au temps de Daladier, rester assis sur nos fesses et attendre vaille que vaille que passe l’orage ? Alors, chiche les gars et les filles! Et si on abandonnait vite fait le confort de nos bureaux pour un bon carré de macadam….Même si les lacrymo et les coups de matraque font plus mal au crâne qu’un virus ou une panne de jus, le mot « révolution » n’est pas vocabulaire de langue morte.
Mais peut-être ne sommes-nous pas encore assez ratatinés, humiliés, vampirisés par la barbarie idéologique et financière ? Peut-être ne sommes-nous pas encore assez esclaves des spéculateurs et des agences de notation boursière pour sentir la nécessité de courir les rues la rage au poing. Ha ! « Sommes-nous vraiment prêts à affronter la barbarie les yeux dans les yeux, mano à mano ? Tiens en voila un bon thème de causerie. Je crois que je vais allumer mon tordunateur mettre le dernier CD de Simon et Garfunkel dans le lecteur et en discuter avec tous mes amis devant une bonne tasse de thé.
Fée Clochette
PS : Ne dites à personne qu’on me surnomme « clochette rouge » à Neverland , ma mère me croit stripteaseuses dans une boite de Pigalle
Il ne faut pas non plus aller dans les excès comme peut le faire marc. Internet est très utile au contraire de ce que tu peux dire. Tu ne peux pas utiliser son utilisation à des fins négatives pour dire que cela ne vaut rien. La preuve, tu es dessus.
C'est comme si quelqu'un tue une personne avec une chaise, et on accuse la chaise d'être un outil dangereux. Ce n'est pas l'outil qui est dangereux, c'est l'utilisation dont on en fait. Il s'agit de la même chose pour Internet.
@marc: oui. Toujours le pire et le meilleur. Voir le début du commentaire suivant qui, ce faisant, continue à alimenter cette perception qu'ont certains d'un web version poubelle. Tout dépend de comment l'on s'en sert - comment on vous apprend à s'en servir, etc (voir madame @femme de ménage qui sait bien l'utiliser comme vous pour des liens commerciaux - que je laisse parce que ce sont encore les vacances tiens!).
@Fée Clochette (la rouge): oui, et je vous reconnais bien là. Mais, ceci n'est pas nouveau. Là différence ici réside dans l'accès(étendu) à des ressources/idées/confrontations/expériences, la vitesse(accrue), la coopération(initiale et à large échelle). Il ne s'agit pas tant des révolutions de salon, mais d'un réel changement de paradigme. Je vais vous refaire un billet sur la question dés que je peux. Prenez soin de vous!
@Maude: évitez d'avoir des envies meurtrières, et avec des chaises, c'est sans doute moyennement efficace...