Télé d'antan et outils d'aujourd'hui
Par Véronique Rabuteau le vendredi 10 juin 2011, 07:19 - Métiers - Lien permanent
Vous livrer ici quelques réflexions (et interrogations) sur ces deux mondes que sont Télévision et Internet dans leur rencontre et collaboration créative - ou non.
A commencer par un peu de vocabulaire...
S'il est certain qu'aujourd'hui transmedia et crossmedia ne sonnent plus dans le regard de votre interlocuteur télévisuel comme des gros mots, que 'télévision connectée' ne provoque pas un geste de réassurance vers la prise murale du poste, il est moins sûr que social tv et multiscreen ne fassent pas lever un sourcil dubitatif (bien-sûr, pas chez l'interlocuteur avisé - mais possiblement réservé - des étages élevés).
Quand à la mise en œuvre, ça, c'est une autre histoire... Car elle suppose la collaboration et l'interaction de deux mondes qui sont encore, un peu, lointains.
Allez expliquer à un réalisateur que son film va être vu en direct et simultané dans "la petite lucarne " - qui a grandit, s'offre la 3D comme chez Avatar, la HD aiguisée, le son "home cinema" et même la connexion internet - que son film donc va être à l'écran (de télé), et sur le web.
Sauf que sur la toile (numérique) ceux qui vont le regarder vont également discuter entre eux en même temps (oui monsieur!) en chat, tout en 'likant' (de like chez FaceBook) via leur téléphone portable, et en échangeant sur Skype avec leurs meilleurs potes...
Allez vous retrouver dans une réunion de travail où cohabitent soudain télévision, agence web, web natives (mais pas tout à fait les mêmes que ceux des agences)...
Vous verrez se côtoyer les mots "antenne" (pas parabolique, mais la diffusion des programmes), "360" (degrés, terme marketing web déjà passé de mode), et "app" (pour application)... Je grossi le trait à dessein, pardon aux web natives!
Car bref, voilà, ces mondes se rencontrent maintenant mais ils incarnent aussi, et avant tout, des cultures différentes. J'ai parfois l'impression (exquise) d'être une ethnologue au milieux d'ethnies Papous...
Ceci étant dit, ils arrivent néanmoins à collaborer car - ère digitale oblige - les uns ont besoin de modernité ou de rajeunissement d'audience et les autres de visibilité (ce qui peut sembler paradoxal vu que le web est très visible). Ah lala, c'est compliqué, non?!
Pas tant que cela: il ne s'agit pas des mêmes publics, des mêmes personnes, dans ces deux mondes et, comme dans toute période de transition/changement - sur fond économique peu stable - il faut bien utiliser tout ce que l'on a sous la main pour survivre.
Oh, et pardon, il y a bien-sûr aussi la beauté de la création, l'inventivité à déployer, la recherche formelle, l'élan de l'inconnu (ne réduisons pas tout à des impératifs économiques!).
Moralité: en premier lieu, outre la patience, on va avoir besoin de nouvelles compétences. Par exemple de conseillers ou producteurs transmedias, des professionnels qui seront capables d'établir des passerelles, sorte de traducteurs simultanés, très au fait des tendances, tout en connaissant les us et coutumes de l'ancien et du nouveau monde.
Également, de moyens de financements accrus sur fond de modèle économique qui se cherche encore (avec quelques avancées notables).
De grandes alliances entre fournisseurs de contenus (ceux qui détiennent les droits des programmes et films) et fournisseurs d'accès.
D'audace aussi (le webdocumentaire 'classique' est déjà loin des usages multiscreens...) et d'innovation.
D'évangélisation (encore) et d'échanges, des points de rencontre pour tisser des liens et des collaborations (âges différents, cultures différentes, formations différentes).
Pour ma part, je trouve cela assez passionnant - et créatif.
On a pas tous les jours l'opportunité d'assister à des changements de paradigmes - dont le petit monde exposé des acteurs de la télévision et du web est l'un des aspects - tout en essayant de les penser...
Illustration: Rue89




Commentaires
Bonjour,
le web va devenir aussi un formidable laboratoire pour tester des idées et des scénarios à moindre coût, comme on le voit se dessiner avec les web series, qui proposent des scénarios originaux, mais aussi des fins alternatives.
A mon sens, la télévision est appelée à se fondre dans internet. Cependant cela ne veut pas dire qu'il faut imaginer que le gens vont regarder la tv depuis leur ordinateur. je pense que cela signifie plutôt qu'internet va arriver dans la télévision. Contenu à la demande, jeux interactifs, etc.
@Lulu Nature: des idées, oui, ce n'est pas ce qui manque sur le web - et des talents aussi! Tout cela à un coût: oui les outils sont accessibles à moindre coût (qu'avant) - et même la télévision s'y met - mais certaines réalisations web ont un coût qui n'est pas des moindres! Le côté 'test', non, je ne pense pas.
@Thibaut, designer: oui, il reste des écrans, multiples, suivant les usages.
Thibault, ça n'existe pas déjà internet dans la télévision??
La télévision va plutôt s'exporter sur tous les modes de communication, mais également sur de nombreux appareils. On peut ainsi voir que la télé s'est développé sur internet, sur les mobiles, ... mais également sur des appareils tels que le frigo.
@Gite Périgord Noir: Ah! mais non, j'ai pas vu de tv sur le frigo dans le gite! (mais, bel endroit
Pour l'instant, je pense que c'est plus Internet qui se sert de la télévision que l'inverse. Malgré tout une petite campagne de pub en prime time ramènera toujours plus de visites sur le site qu'un référencement, aussi bon soit il.
Simplement cela correspond à une campagne media sur un panel de sites dont l'audience est identifiée.
Si ce sera toujours moins efficace qu'un référencement ciblé, le volume jouera pour faire augmenter le chiffre d'affaire d'un site et sa notoriété.
Le meilleur exemple, c'est meetic.
Pour l'instant la télévision est un média passif, c'est ce qui fait son succès. A part changer les chaines, on a rien à faire pour regarder la télévision.
Alors qu'internet est un média actif. On doit aller chercher l'information ou le divertissement que l'on désire et on choisit tout.
Internet donne un sentiment de liberté bien plus important que la télévision.