Web, le grand mix?
Par Véronique Rabuteau le lundi 28 décembre 2009, 07:45 - Un autre regard sur le Web - Lien permanent
Un article lu sur Business Week (27 déc.), inspire ce billet (et pour cause).
Son auteur - Robert X. Cringely - y évoque l'originalité - ou non - de ce qu'y est publié via le Web, en commençant par une phrase volontairement provocatrice:
Stop me if you've read this one before. Actually, stop me if you've read anything at all original on the Web over the last year. Odds are whatever you did read was copied or repeated from someone else, who took it from someone else, who took it...and so on and so on.
En substance : Arrêtez-moi si vous avez déjà lu ceci auparavant. En fait, arrêtez-moi si vous avez lu quoique se soit d'original sur le Web l'année dernière. Tout ce que vous avez pu lire était copié ou répété, en provenance de quelqu'un, qui le tenait de quelqu'un d'autre, qui le tenait...etc, etc.
Comme il s'agit d'un article publié dans un magazine économique, cette introduction amène à souligner quelques faits marquants en la matière. Comme, par exemple, le fait que Associated Press ai rendu ses sources payantes depuis le mois de Juin dernier (interdiction d'usage sans paiement au mot).
Au-delà, cela pose quand même un certain nombre de questions.
Évidemment, qu'il y a une sorte de "grand bond en avant " vers la recherche d'information, de ressources, à publier, à partager, à commenter. Évidemment, toutes les sources ne sont pas vérifiées. Et, évidemment, lorsque l'on passe du temps en ligne sur des services dits en 'temps réel', on voit passer des cinquantaines de répétitions à nuances.
Mais: petit rappel. Je mets au défit quiconque, qui n'a pas une connaissance d'expert, de pouvoir vérifier y compris la fiabilité des sources de certains journalistes. Sur des sujets pointus (et notamment d'investigation), c'est strictement impossible. Et, il en a toujours été ainsi. Le Web ne change pas ceci. Et il me semble que c'est un 'faux procès'.
Nous avons toujours été soumis à la qualité de l'information délivrée. Certains le font bien, d'autres de façon - totalement - inconséquente.
En travaillant dans le secteur du documentaire (et notamment scientifique, sociétal, géopolitique, d'investigation), il m'est arrivé très souvent de collaborer avec des journalistes. Qui plus est, en documentaire, il s'agit toujours de l'expression d'un regard (in fine).
Alors, imaginez le travail. Entre la nécessité de rendre une information lisible et accessible, de vérifier chaque point, de comprendre ce qui se joue, d'adhérer, ou non, de détenir les bonnes sources, etc... C'est évidement complexe.
L'article que je cite (sic) est bien-sûr en rapport avec les oppositions/débats etc qui se déroulent actuellement entre presse papier et en ligne, statut du métier de journaliste aujourd'hui et demain - et des journalistes, il en existe dans des typologies très différentes, le collectif... - financement d'un secteur, etc.
Mais, au-delà (car je n'ai pas les réponses à ces questions multiples): en terme de société: oui, nous (ceux qui le peuvent) avons accès plus rapidement à de multiples sources; et, oui, certains peuvent les enrichir d'un point de vue, d'une expérience, voir, de faits, ou d'analyse. A chacun de pouvoir en déterminer la pertinence.
Durant l'année passée, j'ai bien-sûr lu des choses originales (pas du copié/collé!). L'expression de regards différents, d'approches multiples. J'ai pu les croiser, les confronter, échanger, recevoir des retours, qui m'ont fait réfléchir et permis d'approfondir certaines approches.
Quelques uns m'ont pointé des ressources, plus pointues, plus pertinentes, décalées, et ce en provenance du monde entier (en tout cas, disons, en anglais).
C'est ceci qui change avec le Web. Une confrontation (au bon sens du terme), une remise en question possible, un approfondissement. Mais, là, et comme toujours, tout dépend de la manière dont on l'utilise.

Tiens, si je devais choisir une image - pour l'année! - , se serait peut-être celle du 'précipité': en chimie, cette phase pendant laquelle un mélange se transforme (vers une phase solide, ou pas). Volutes et couleurs, parfois, et transformation, changement d'état.
Alors, oui, l'année s'achève et, oui, j'ai lu les dizaines de "tendances" 2010 dans tous les domaines, et les vingtaines d'analyses de la 'décade', sur tous les aspects Web, Internet, Mobile, réalité augmentée, 'temps réel', Web et TV, meilleurs ceci ou meilleurs cela...
Mais, j'apprécie plus que jamais cette diversité, cette époque de mix - qu'il faudrait mieux définir - qui, génère - parfois - de belles idées ou applications, déclinaisons.
Puisse l'année 2010 savoir conserver ces différences, y compris au milieu des structurations (économiques, de secteur ) - incontournables, et conserver cette ouverture.
Illustration 1: millis - copyright photoxpress.com -Illustration 2.




Commentaires
Bonjour, comme souvent, voilà un article intelligent (et c'est bien la preuve, par son originalité) qu'il s'agit plus du regard porté sur tel ou tel sujet qui doit retenir notre attention, un regard original, l'image du précipité est excellente, je me dis aussi que je ne viens pas assez souvent te lire, hors donc, je vais mettre un lien vers ton blog, juste parce que j'y trouve toujours sujet à réflexion.
Merci aussi Véronique et tous mes voeux vers toi et ceux que tu aimes.
Philippe
@Philippe: merci à toi, vraiment. Tous mes voeux en retour
Bonsoir Véronique,
Ce message pour vous signaler que ma double page sur les blogs finistériens paraîtra dans le Courrier du Léon de cette semaine. Vous le recevrez. Bien à vous,
@Martine: bonsoir. Merci beaucoup. Et vais vous lire en ligne, aussi.
Superbe analyse @Véro!

On trouve et retrouve souvent ce qui est écrit sur le web à droite ou à gauche!
Certains cependant doivent essayer de garder un semblant d'originalité en préparant une thèse de doctorat par exemple... du moins je l'espère!
Je profite de l'occasion pour te souhaiter tout plein de bonnes choses pour l'année 2010 qui approche!
@fredheas
Merci. A toi aussi, tous mes voeux!
Bravo pour ton article, je suis d'accord avec toi, il nous faut garder malgré toutes les fausses "vraies" infos qui circulent sur le net...l'église au milieu du village...Internet est globalement un progrès pour ce qui est de l'exactitude de l'information et question transparence, n'en parlant pas, cela a déjà fait ses preuves à travers le monde... Internet is what we want it to be...China or Iran?...
Je profite pour te souhaiter mes meilleurs vœux pour la nouvelle année et aussi pour te remercié d'avoir des articles toujours très intéressants!
@mediadisc: merci! Pour l'exactitude, pas sûr, car il faut savoir/pouvoir recouper les sources; c'est aussi cela que l'on devrait apprendre (méthodologie).
Tous mes meilleurs voeux à toi aussi
Véronique, voilà un excellent billet, il donne à réfléchir sur un matériau singulier l'information. L'information qui est un enjeu de démocratie pour tout citoyen. Et qui, chaque fois qu'il s'y confronte, demande qu'il se pose quelques questions clés. Qui fabrique l'information ? Qui parle et au nom de qui ? Pour dire quoi et avec quel objectif ? Car en matière d'information l'évidence est loin d'être évidente comme le démontrent Florence Aubenas et Miguel Benasayag dans "La fabrique de l'information, les journalistes et l'idéologie de la communication"*. Qui dit information dit aussi pouvoir, savoir, vouloir. Pouvoir, car celui qui détient l'information décide de la rendre publique ou de la taire. Pouvoir aussi, car l'information a un coût, celui qui la détient la vend au prix voulu par lui. Pouvoir enfin, car celui qui veut l'information doit pour l'acheter en avoir les moyens financiers. Savoir, il est indispensable pour poser les bonnes questions... d'information. Vouloir, c'est le défi auquel se confronte le citoyen face à l'information. C'est un travail de tous les jours et de réflexion en profondeur qui doit s'extraire de la pression du temps et de l'info chrono.
Appliquons cette grille de lecture à Business Week qui est à l'origine de votre billet. Voilà ce que dit Daniel Doctoroff, président de l'agence Bloomberg qui a racheté Business Week à la firme McGraw Hill : "BusinessWeek aide à mieux servir nos clients et nous introduit dans les couloirs du pouvoir, dans les entreprises et au gouvernement, là où se fait l'information qui touche les marchés et les entreprises, auprès des PDG, directeurs financiers, avocats d'affaires et responsables gouvernementaux qui généralement n'utilisent pas (nos) terminaux"**.
Et de fait, l'auteur de l'article Robert X. Cringely sous couvert de brocarder le manque d'originalité (le grand foutoir, le chaos) du Web s'en prend plutôt à la critique des médias sur Internet. Une critique de l'information indépendante des "grands" journalistes et de leurs direction/rédaction. Une critique qui échappe pour partie à la coupe et au contrôle des médias traditionnels et leurs gardiens, et aux institutions politiques dominantes et officielles. Critique des médias sur La Toile qui a le mauvais goût de pointer les erreurs, les mensonges, la circulation circulaire de l'information, l'appauvrissement de la qualité de l'information diffusés dans la presse.
Ceci dit, Véronique, vous avez raison ! Nul n'est omniscient en matière d'information. Comme citoyen, s'informer puis donner un point de vue éclairé sur un sujet quelconque demande un travail sérieux et rigoureux. Et donc de se nourrir de solides sources documentaires à malaxer et à croiser pour forger son propre argumentaire. Mais cela demande aussi du temps : le temps de la réflexion. L'idéologie de la vitesse, du "réel" sont les pires ennemies de l'information.
En revanche, la confrontation et la diversité des idées sont la source d'enrichissement personnel/collectif et de créativité.
BONNE ANNÉE A VOUS !
* Florence Aubenas et Miguel Benasayag "La fabrique de l'information, les journalistes et l'idéologie de la communication", Éditions La Découverte, collection Sur le Vif, Paris, septembre 1999.
** "Bloomberg achète BusinessWeek", Le Figaro.fr (http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...)
@Pierre-Antoine: merci, et de ce commentaire qui donne à réfléchir; et pardon de n'avoir pas répondu plus tôt, je ne l'avais pas vu.
J'ai lu le livre que vous citez.Merci pour la mise en contexte Bloomberg.
Ceci dit, le 'pouvoir' en question ne se situe même pas là. Il est transversal parmi une poignée de personnes qui détiennent les informations et, pour le coup, ne les communiquent que très peu.
Ce que nous appelons information reste globalement un affichage plus ou moins approfondi. Certains, rares journalistes, font merveille en la matière. Bien sûr que le temps et la distance sont absolument nécessaires à toute analyse. Je ne suis même pas certaine que les choses se jouent maintenant en terme de 'vitesse'; c'est presque autre chose; je réfléchis (et lis!).
Véronique vous dites : "Ceci dit, le 'pouvoir' en question ne se situe même pas là. Il est transversal parmi une poignée de personnes qui détiennent les informations et, pour le coup, ne les communiquent que très peu." OK avec vous. Tout en sachant que l'info peut être tordue au point de lui faire dire tout et son contraire (cas de la ronde des sondages et de leurs commentaires). Mais rappelons-nous que les mots ont un sens, si nous ne voulons pas repasser de l'autre côté du miroir ou Humpty Dumpty rétorque sèchement à Alice que "la question est de savoir qui sera le maître... un point c'est tout". Car c'est bien de cela qu'il est question dans ce combat des "grands" journaux de presse écrite contre un espace critique (solide/argumentée/documentée) sur La Toile pour dire nous sommes d'un rang supérieur, nous les journalistes, les vrais (l'observation vaut aussi pour la radio et la TV). Alice avait raison de tenir tête à ceux qui s'arrogent "le pouvoir de faire que les mots signifient autre chose que ce qu'ils veulent dire".