Buzzer à tout prix : faut-il être prêt à tout pour décrocher un job ?
Par Véronique Rabuteau le dimanche 20 septembre 2009, 15:59 - Débat du mois - Lien permanent
"Buzzer à tout prix : faut-il être prêt à tout pour décrocher un job ?" c'est la question posée et débattue sur Régionsjob pour la rentrée.
Buzzer, anglicisme pour vibrer, faire du bruit, se rendre visible à toute vitesse et partout (ou presque) sur Internet, puis en dehors, relayé dans les médias traditionnels et surtout, in fine, décrocher un emploi.
Certains ont enlevé le haut, le bas (les deux), se sont affichés sur les écrans (virtuels ou non, d'ailleurs), sur des sets de tables, des plans de bus, d'autres ont transformé Twitter en CV, ont crée des vidéos, des dessins, des formules, distribué des tracts, mené campagne. D'autres enfin se sont même mis en vente - en tout ou partie - ou ont offert de l'argent à qui les embaucherait.
Certains s'y sont cassés les dents, d'autres ont finalement réussi (avec brio), mais, ce n'est pas là-dessus que je souhaite insister dans ce billet.
Non, la question que je me pose à chaque fois, c'est pourquoi? Pourquoi aujourd'hui certains doivent en passer par là pour - espérer - trouver un emploi? Ou, pour ceux qui ne passent pas à l'acte, pourquoi cette - éventuelle - tentation?
Et ne me répondez pas "c'est la faute à Internet": la vitesse de propagation, la facilité d'utilisation. Non, d'abord, ne "buzze" pas qui veut. Ensuite même si ce média est là, à portée de buzz, c'est plutôt la cause qu'il faut regarder.
Sur cette plateforme de chercheurs d'emplois, vous pouvez - tous les jours - suivre les itinéraires des uns et des autres. Les recherches, les rendez-vous, les espoirs, les tentatives pour s'en sortir, les vagues à l'âme même parfois - contenus, souvent, pour faire bonne figure -, les démêlés administratifs (ah, le Pôle emploi ou les banques!), les énièmes CV envoyés, les énièmes réponses négatives, les belles compétences qui ne demandent qu'à s'exprimer, les "ça a failli se faire" (mais, pas de budget, manque ceci, manque cela, pas grand chose), les "j'ai du payer mon billet de train pour aller à l'entretien, mais le poste était déjà pourvu", les "j'ai refait mon CV, mais ils ne m'ont même pas répondu", les "je suis trop jeune ou "je suis trop vieux"...
Certains déploient des trésors d'ingéniosité, d'énergie, d'adaptation. Beaucoup ne baissent pas les bras, se bagarrent, rebondissent, se forment, entreprennent, se rassemblent, essaient, se lancent... Mais, la période est, disons, ingrate. Même si certaines entreprises embauchent, beaucoup sont arqueboutés sur leurs postes - j'en connais qui adoptent une sorte de philosophie du "laisser-faire": ils travaillent sans conviction, pas très à l'aise, mais n'osent pas bouger. D'autres - je pense à des jeunes diplômés type BAC + 5 et parfois plus - n'arrivent pas à s'extraire de postes sous dimensionnés et sous payés: "Vous manquez d'expérience mademoiselle". "Oui, mais les stages de six mois là?..." " Ah! non, ce sont des stages, voyons".

Comme si, il y avait un manque de confiance, un déficit de "laissons lui tenter sa chance".
Oui, quand dehors se pressent au portillon une centaine d'autres candidatures, quand la concurrence est rude, les budgets serrés: pourquoi prendre un risque?
Que certains alors tentent "le tout pour le tout", ne m'étonne pas. Même si tous ceux qui se lancent dans le "buzz à tout prix" ne le font pas nécessairement sur ces bases, et sans même parler des contraintes financières, il y a souvent de ce constat: laisser moi tenter ma chance, regardez-moi et, peut-être - aussi - j'existe, tout simplement.
Ne les jugez pas trop vite même si vous êtes en désaccord. A ceux qui se lancent dans l'aventure, je dirai qu'il vaut mieux avoir un certain talent sous peine d'y perdre beaucoup d'énergie et d'y gagner peu de crédibilité.
Préférez, si vous le pouvez, la construction et le long terme. L'échange et les relations avec ceux qui, peut-être, un jour vous aideront. Je sais que parfois "on n'en peut plus", mais... Sur Internet vous trouverez aussi des collaborations, des échanges plus discrets, des personnes qui peuvent vous aider, vous conseiller, vous donner un avis qui vous aidera à progresser. Ça n'est pas "qu'un" lieu tapageur et (trop) rapide, loin de là...
Alors, bonne chance à tous ceux qui veulent "décrocher un job", et s'y emploient, chaque jour, avec ou sans buzz.
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Illustration 1 - Photo Babylone sur Casafree - Illustration 2: Photo Aleksandre Ugorenkov - copyright photoXpress.




Commentaires
... la pérennité étant la chose la plus difficile à obtenir finalement après voir décroché le fameux job... Plutôt d'accord donc avec cette analyse...
Je t'embrasse, bonne fin de wend...
Imposture platonicienne
Nous nous trouvons à la fin de l'été industriel. Il restera des usines comme il reste des tailleurs de pierre et des tribus dont la culture est préhistorique. Lorsque les copistes sont venus se plaindre à Louis XI de la concurrence de l'imprimerie, ils n'ont pas obtenu gain de cause et certains ont perdu leur emploi. Le livre dit de luxe se porte bien aujourd'hui. Un des premiers dégâts du livre fut la propagation de la Nef des fous. Au fur et à mesure que des gens accédaient sans contrôle, sans exégèse aux écrits, les structures sectaires perdaient leurs avantages. Les aristocrates n'étaient pas tous mauvais, certains étaient carrément révolutionnaires, libéraux, incroyants. La finance et le commerce sont des pratiques constantes depuis des millénaires. Les anti-libéraux forcenés d'aujourd'hui sont bien les valets des lobbies qui nous empoisonnent. Les sectes classiques s'effondrent, leurs bâtiments brûlent , les tentatives ultimes de protection sont démasquées comme en France avec la Science au Logis. Nous n'avons plus d'argent et le ridicule président lance le Grand Emprunt. Les gens du nord attendent que la glace face de nouveau la place aux forêts, mais on invente la légende du dioxyde de carbone d'origine humaine tout en évitant soigneusement d'évoquer le méthane, les oxydes d'azote, les plages empoisonnées.
Δημόκριτος écrivit dit on de très nombreux ouvrages
Aucun de ceux-ci n'a survécu (on se demande bien pourquoi)
Comme la taxe carbone, Platon est une ordure, Platon a fait le lit du monothéisme, de l'empoisonnent des civilisation dites Indo-européennes
Nous nous sommes égarés pendant près de deux mille cinq cents années
@Sylve: aujourd'hui c'est plutôt mobilité que pérennité, non? Je t'embrasse.
@Dominique Raboeuf: heu, c'est parfois un peu cryptique.
Si j'essaie de traduire: fin de l'ère industrielle, oui, sans doute. Ensuite concernant capitalisme, changement climatique, idées dominantes - surtout: alors que chacun apprenne à penser par lui-même et utilise à bon escient les outils à disposition pour se documenter. Pour Platon, non, il y a d'autres lectures possibles quand même!
Le talent est nécessaire pour se lancer, c'est une certitude. D'autant que si certains buzzs ont été lancés dans ce but (de buzzer), d'autres sont des initiatives personnelles qui ont fait parler sans pour autant être adressées à un grand public. Je suis d'accord à ta conclusion, un travail à long terme sur le web est souvent bine plus bénéfique. Après, rien n'empêche de faire un petit buzz pour poser les bases de son identité numérique et développer rapidement son réseau
@Modérateur
Bonjour, j'ai bien apprécié ton billet, le recul que tu as pris, comme souvent, ou toujours. Qu'en dire de plus ! Il y a des compétences qui ne demandent qu'à s'exprimer, et qui ne savent parfois plus par quelle compétence se mettre en avant..., mais qui tentent, voir innovent toujours...
@André: merci de ton passage. Et, tu en fais partie de ces compétences qui tentent toujours.
Merci pour ta visite. J'ai pris plaisir à lire cette réflexion
Ciao
@Franck61
Ciao aussi (voir son profil)
Ça y est, je me lance dans la lecture des contributions au débat du mois, et c'est déjà très intéressant. Tout à fait d'accord quand tu dis qu'il y a "un déficit du laissons lui tenter sa chance, c'est bien notre problème en France, alors que dans de nombreux pays anglo-saxons "l'essai" fait légion (quoique après la crise, je ne sais pas si c'est toujours le cas...).
merci pour ce très bon article.
Pour buzzer, il suffit de choisir un mauvais graphiste, n'est pas Ségolène Royale !
@Priscilla, merci pour ton passage
Il y a en effet des méthodes bien différentes chez les anglo-saxons. Chaque médaille ayant son revers. Mais, c'est plus direct. Heu, mais, la crise n'est pas encore finie, non?
sûr!
@ Hevok: vous ne recrutez pas à tout hasard?
@Essai quad
La vie actuelle est difficile. je souhaite beaucoup de courage aux gens qui sont actuellement à la recherche d'un emploi! Merci pour ce billet très intéressant.
Bonjour! Merci pour votre compliment! A mon tour j'ai le plaisir de découvrir votre journal ! Bravo pour ce billet, je suis d'accord avec vous.
Parfait parfait !! Ségo Ségo !!!
En même temps, qui ne tente rien...devient qui ne tente pas tout!
@Jessyca: merci d'être passée. Oui, je sais que cela t'a réussi, mais tu l'as fait d'une certaine façon, dans une typologie de métier donnée...et tu es douée! On peut "tout tenter" d'autres façons, aussi. Et puis, je ne sais pas toi, mais j'en croise beaucoup qui ont du mal dans la durée, qui tentent et tentent...