Monde culturel
Par Véronique Rabuteau le samedi 13 juin 2009, 08:09 - Un autre regard sur le Web - Lien permanent
Après la sage et récente décision du Conseil constitutionnel, voici que l'on reparle de la loi dite Hadopi.
Je m'étais abstenue jusqu'à présent compte tenu du fait que j'ai beaucoup traité du sujet - peut-être vous souvenez-vous de la série de billets compte-à-rebours: Web de 10 à 1 au moment du vote - ... jusqu'à ce que j'écoute le JT de France 2 hier soir et l'intervention de notre Ministre de la culture.
Il s'agissait bien-sûr de commenter cette décision du Conseil constitutionnel. J'ai ainsi tout d'abord entendu que "beaucoup de mails" partiraient à l'automne - belle envolée pédagogique. Rappelons tout d'abord qu'en français l'usage est de dire courriel, et non "mail". D'ailleurs, pour l'anecdote, savez-vous qui m'a appris cela? (apprendre, voulant dire ici, non pas informer, mais expliciter et argumenter) - Un physicien et épistémologiste - homme remarquable et brillant esprit - Jean-Marc Lévy-Leblond.
A ce stade de l'intervention, je commençais déjà à être quelque peu agacée car, oui, peut-être connaissez-vous l'expression "Le bon Dieu habite les détails": c'est toujours là que l'on trouve ce qui est fondamental.
Bref. J'entends ensuite (veillez à écouter l'intervention dans son entier, le lien est en bas de ce billet) qu'il s'agit, avec l'application de cette loi, "d'une forte mobilisation du monde culturel" face à "la situation catastrophique du cinéma et de la musique".
Alors, reprenons. Je ne m'attarderai pas sur la seconde partie, dont les causes ne peuvent être réduites à l'unique prépondérance de l'usage d'Internet - qu'elle force soudain pour ce média (au sens premier du terme).
Mais c'est ce "monde culturel" qui me fait bondir (eh oui, le politique devrait savoir qu'il est des termes qu'il convient de placer dans certains contextes et pas d'autres). Inévitablement ceci renvoie au club des quelques privilégiés qui détiennent le pouvoir de décision, de financement - de création?! - autour du mot culture.
Ce dernier mot - culture - est pour moi précieux. Je ne vais pas refaire ici l'historique des mouvements d'idées et des actions qui l'ont suivi en occident depuis les années 50 (vous savez, l'éducation populaire, l'accès facilité pour tous, les bibliothèques, les médiathèques, les MJC, etc, etc).
Ce mot qui aujourd'hui oscille entre des quizzs (questionnaires) qui se multiplient autour de la notion de "culture générale" et du prêt-à-porter culturel souvent nivelé par le bas.
Eh bien, Internet et le Web ne sont pas plus "une poubelle" (je l'ai entendu) que d'autres types de médias. Ils peuvent être aussi un monde culturel justement.
Un monde qui contient les mêmes ingrédients qu'ailleurs, sauf que... Sauf qu'ici nous pouvons aussi atteindre le meilleur et ce, très facilement. Il est d'une extrême richesse et d'un foisonnement sans précédent. Ici le choix (d'éviter ceci ou cela) est un possible. Ici, si l'on veut approfondir, découvrir, explorer, apprendre, c'est quasi intrinsèque, le tout en étant même souvent guidé et en pouvant - grande opportunité - aller aussi loin que les ressources nous le permettent.
Musique et cinéma sont importants pour moi - et, redondance utile - il est temps de réformer et d'adapter le droit d'auteur, et également d'assoir des financements et des aides en direction d'Internet qui encouragent la création et les mouvements entre médias.
Mais, le "monde culturel" ne s'arrête ni ne se résume à cela, loin s'en faut.
Jamais nous n'avons eu de si grande opportunité d'accéder au "monde culturel" dans toute sa richesse, sa multiplicité, ses déclinaisons, que depuis que le Web est Web.
Nous ferions mieux d'accompagner cela, de permettre - encore et toujours - un meilleur accès, de meilleures formations, une connaissance accrue de ces outils... pour tous. Et, la route est longue, et le travail, à accomplir.
Crédit Illustration Wikipédia




Commentaires
Le web a un avantage sur l'ensemble du monde culturel, il ne peut être contrôler par ceux qui décident du monde dans lequel nous devons vivre. Et quand le pouvoir ne peut plus contrôler, il divise.
@analas: merci de ton passage. En fait, si, il est quand même contrôlé, ne serait-ce que par ceux qui délivrent l'accès qui ne sont pas très nombreux; mais il y a quand même une large "marge de manœuvre", et heureusement
De l'eau à ton moulin, Véronique : http://www.evene.fr/celebre/actuali...
Et je te rejoins sur l'utilisation atrophiée du terme "monde culturel" ... il est bon de rappeler l'existence des Arts : l'architecture, la sculpture, la peinture, la musique, la danse, la poésie et enfin le 7ème art, le cinéma ... c'est navrant de balayer 10 000 ans d'histoire en quelques phrases !
@Denis: ah! oui, il est intéressant cet article, merci.

Sinon, ah bon! Tout ça fait partie du monde culturel, wow, et tiens, je rajoute le graph, les installations, le design; je suis sûre que d'autres auront des idées! Il paraît qu'il y a même un Art numérique, je vais régulièrement voir des galeries sur le Web
La plupart des artistes plasticiens ont investi le web sans partage et montrent au monde entier leurs toiles/dessins/croquis sans réserve et sans pleurer les subventions... c'est clairement eux qui ont eu le moins durant toutes ces années, c'est eux aussi que le public a eu le plus de mal à rencontrer : tout le monde ne veut pas franchir la porte d'un musée ou d'une galerie... Internet a décloisonné les arts plastiques. Le monde culturel il est là aussi. En grande grande partie aussi
Oh, merci Simon, c'est gentil d'être passé par ici. Et, oui, je ne peux qu'être d'accord, en plus tu pointes quelque chose d'important sur l'accès (le côté décloisonné).
La loi HADOPI a été censurée par le conseil constitutionnel tout comme la loi DAVDSI. Si la France avait adopté la licence globale depuis 2005, nous n'en serions pas là.
Internet est une fabuleuse ressource, nous ne pouvons plus nous passer du téléchargement. Il faut que les artistes évoluent et les politiques avec. Mme Albanel n'y connait pas grand chose malheureusement.
@Louki: merci de ton passage, désolée mais je ne veux pas laisser de liens commerciaux par ici en commentaire (je sais bien que chacun bosse... enfin, presque). Je suis d'accord avec toi, pas forcément sur la licence globale, mais de toute façon sur une réforme nécessaire - et incontournable- qui permette une rétribution. Le problème c'est que les sociétés d'auteurs sont - pour le moment - arcboutées sur des positions qui datent; sans parler des lobbies divers et variés en la matière.