L'e-lettrisme sera l'illettrisme du XXIème siècle
Par Véronique Rabuteau le samedi 28 mars 2009, 08:36 - Un autre regard sur le Web - Lien permanent
Ce titre est tiré d'un communiqué de presse du Parlement européen (26/03/09), dont beaucoup ont du avoir connaissance.
Il n'est pas qu'une formule et ne cache pas la réalité de l'illettrisme (3 100 000 personnes en France selon l'ANLCI - Agence nationale de Lutte contre L'Illettrisme). D'ailleurs, l'ANLCI l'a bien compris qui a signé fin 2008 un partenariat avec Google pour ouvrir le portail Initiative contre l'illettrisme, qui permet de mutualiser les moyens, échanger les bonnes pratiques, et diffuser les outils pédagogiques.
Le communiqué de presse fait référence au rapport de Stavros Lambrinidis (adopté cette semaine) qui préconise que "l'accès à Internet, comme l'accès à l'éducation, ne devrait jamais être bloqué par des gouvernements ou des compagnies privées" (je joins en annexe le texte en français de la première préconisation datée du 11 juin 2008).
Il est conçu dans le cadre de la lutte contre la cybercriminalité (des questions de fond, comme la protection des enfants) et préconise des instances transnationales et des normes globales (compte tenu de la nature même de l'outil) pour réglementer cette question et respecter les libertés.
Le rapport cite notamment - ça, c'est pour le débat du mois - que notre "identité numérique tend à devenir partie intégrante de nous-mêmes" et insiste sur la notion du ""consentement" des internautes à partager leurs données (qui) est ainsi au cœur de la réflexion à mener".
Tout ceci mérite que l'on s'y arrête un peu, ça n'est pas rien. Ce sont des notions fondamentales qui prennent en compte le fait que nous sommes maintenant, et de plus en plus, dans une société, une civilisation, numérique.
Tous ne sont pas encore égaux devant cela, mais on ne peut fermer les yeux devant de tels changements.
On ne peut pas faire l'économie de la réflexion. Il faut repenser en profondeur les cadres nécessaires. Il ne s'agit pas de "coller des rustines", un peu comme certains fabricants de logiciels qui, lorsqu'il y a un problème proposent vite et dans l'urgence une solution, au lieu de penser dés la conception un produit ou un service qui ne soit pas vulnérable ou mieux conçu (j'emprunte l'idée à Bruce Schneier parce que j'en suis convaincue, et qu'il sait de quoi il parle).
Pour ce qui me concerne, je n'aurai de cesse de répéter tout cela et de considérer que ces outils d'aujourd'hui sont une formidable opportunité d'accès à la connaissance qu'il convient de construire, de contribuer à faire connaître, et sur laquelle il faut aussi et surtout réfléchir et penser, remettre en cause et s'adapter, sérier et développer.
NB: au passage, rappel des élections européennes à venir en juin prochain, nous sommes concernés. Petit explicatif ici pour ceux qui auraient oublié.

Crédit Photo: Enfants lisant sur les marches d'une école, Holland Marsh, Gordon W. Powley, Archives publiques de l'Ontario.




Commentaires
Merci pour cet article. Bigrement intéressant par les temps qui courent en France !
Espérons que nos députés ont, ou auront, connaissance de ce rapport de Stavros Lambrinidis.
Bon week-end
@insolite85: merci à toi. Je pense que les principaux intéressés sont au courant, mais qu'il est bon de rappeler les tenants et aboutissants et d'informer
Bon week-end à toi.
au passage, pour ceux qui ne l'auraient pas vu: rappelons que l'ANLCI compte dans ses partenaires un nombre impressionnant de ministères, ce qui est bien normal et souhaitable en l'occurrence, mais qui peut aussi renvoyer sur la cohérence des choses: cet outil internet est utile...mais pas dans tous les cas de figures semble-t-il.
Il me semble que la cohérence voudrait plutôt de mettre en place un vrai programme global et pas des mesures répressives et inadaptées.
Mais pour profiter du monde numérique il faut d'abord maitriser la lecture et l'écriture et ne pas abandonner le combat contre l'illétrisme
@Un enfant: merci de votre passage. Bien sûr, ne pas abandonner le combat contre l'illettrisme!D'autant plus donc, avec le développement de l'environnement numérique, qui lui-même est un outil dans cette lutte.
Voici un article très intéressent et préoccupant.
Ceci, a mon avis, rejoint étroitement la polémique de "fais mes devoirs .com" qui ont eu lieu récemment.
Pour moi, cette lute continuera tant que les programmes scolaires continuerons à être alléger mais aussi tant que la discipline ne sera pas restauré dans les classe de tous niveaux scolaires.
Mais je suis d'accord qu' Il ne faut pas abandonner le combat!!!
@holger: merci de ton passage. heu, j'avoue ne pas avoir suivi cette polémique; si le site concerné proposait de l'aide, c'est bien; s'il proposait de "faire "les devoirs à la place des élèves, c'est évidemment un non sens. Mais il existe beaucoup d'outils collaboratifs et/ou pédagogiques bien intelligents sur le Web
Cette polémique à eu lieu il y a peu et parlais de ce site "fais mes devoirs .com" ce site à été fermé depuis cette polémique. Il proposais aux enfants de faire leurs devoirs en ligne contre de l'argent (15€ pour un exercice de maths...)
Toutefois, des sites d'aides et de soutient sur le web peuvent très bien exister dans les limites de l'honnêteté.
... Un formidable outil effectivement que le web et, comme tu le dis, qui nécessite cependant un cadre, des limites et une réflexion commune notamment en terme de prévention et développement durable, afin d'éviter les rustines, les dérives, et le fait de ne pas "naviguer à vue"... tâche bien difficile par définition...
@holger: merci pour les précisions! No comment effectivement.
@Sylve: oui, mais tâche passionnante et il y a suffisamment de professionnels de la question - qui le fréquentent depuis longtemps - pour penser tout cela. Je t'embrasse.