Is there something rotten in this state of Web 2.0?
Par Véronique Rabuteau le dimanche 2 novembre 2008, 11:00 - Médias - Lien permanent
Le dernier billet de notre Modérateur qui fait un point sur la loi Hadopi (et les commentaires qui suivent) m'ont donné envie de me documenter un peu plus sur la question, qui nous concerne tous et qui trouve écho dans mon milieu professionnel d'origine.
Rappellons qu'elle concerne le droit d'auteur et certains droits voisins (ici les droits voisins des artistes interprètes, côté musique donc). J'ai passé deux bonnes heures sur Légifrance, J'aime les artistes, et certains sites européens, pour mieux comprendre.
Et puis, je me suis souvenue. Quand il y a quatre ans je commençais à m'intéresser à la VOD, j'ai pu entendre les réactions des producteurs qui m'entouraient.
Je me rapelle notamment d'une réunion professionnelle, lors d'un marché, ou un acteur ou deux du secteur qui avaient décidé de "se lancer" dans la VOD exposaient leurs point de vue et objectifs devant un parterre de professionnels de l'audiovisuel, plus que septiques.
A l'issue de cette rencontre je me suis précitée vers ce jeune chef d'entreprise pour lui demander sa carte et discuter plus avant avec lui. Mais, les réactions de mes "confrères" étaient dans la tonalité: "ça ne marchera pas", "et pour quelle économie?", "et la question des droits d'auteurs...".
Sans doute savez-vous que lorsqu'on produit un film, on doit en acquérir les droits d'exploitation (je parle ici, modestement du milieu de la télévision française, même pas du cinéma). Contrat avec les auteurs, les réalisateurs, les fournisseurs d'archives (filmées, photographiques), compositeurs de musique... chaque exploitation ultérieure doit être prévue: pourcentages sur les ventes, rétribution à la diffusion via les collectes des sociétés d'auteurs, etc. De plus, lorsqu'on produit un film, la chaîne de télévision (avec des statuts variables) à aussi des droits. Et puis, si l'on se met à plusieurs (producteurs), on partage aussi les droits...on appelle ça la chaîne des droits. Dans certains cas de figures, c'est un vrai casse-tête!
Ces cessions de droits et les rétributions qui s'ensuivent doivent s'adapter aux évolutions en cours; en fait c'est, en partie me semble-t-il, le sens du projet de loi en question: en réglementant il vise à sécuriser les acteurs du marché (producteurs, chaînes de téléivion, distributeurs) pour les inciter à aller dans le sens de l'adaptation (certains articles du code de la propriété intellectuelle sont abrogés et/ou aménagés, ce qui n'est pas rien, en France en tout cas).
Ca va sans doute vous sembler étrange, mais vu du côté des producteurs (pour une grande majorité), le Web est un monde parallèle auquel ils ne comprennent pas grand chose.
Ce ne sont pas des utilisateurs réguliers (il y a bien sûr des exceptions), beaucoup pensent que "ça ne va pas durer" (l"engouement), que les Web TV sont comme les radios libres (ça va se tasser), et que pourquoi regarder sur un petit écran ce que l'on fabrique exprés pour de plus grands écrans! Sans parler des DVD: quand on leur dit qu'ils sont amenés à disparaître, certains sont encore septiques...
Pour avoir une chance d'obtenir (ce dont personnellement je rêve) de vastes vidéothèques virtuelles accessibles à un grand nombre et à des coûts réduits, peut-être faut-il en passer par là.

Pour le reste, le côté "risposte graduée" destinée à lutter contre le piratage et son arsenal qui se veut plus incitatif que répréhensif....
Et surtout l'obligation pour les opérateurs et les fournisseurs de service de donner accès aux données personnelles, telles que coordonnées postales, etc... pour moi c'était plutôt réservé à la grande criminalité... bienvenue à Gattaca, encore une fois, messieurs recoupez vos fichiers, nous allons avoir de beaux profils virtuels (quand je vous disais que la profession de Webprofiler était un métier émergent!!).
"Hamlet et Horatio au cimetière", Eugène Delacroix (1798 - 1863)
Crédit Photo Freemages, Christophe Eyquem Bibliothèque du Vatican
Et pour le titre du billet, c'est Hamlet (Marcellus) "Something is rotten in this state of Denmark"!





Commentaires
Very interesting my Dear !
C'est fou ces lois qui sont votées par des gens qui ne comprennent pas grandchose au problème. Au final, ce sont nos libertés individuelles qui en pâtissent...
@Thanks!!
@Matt: merci de ton passage. En fait, ce ne sont pas quand même pas les producteurs qui font les lois (avec un bon lobbying ils peuvent influencer, mais ça a ces limites!). Pour les libertés individuelles, oui c'est sûr, mieux vaut être vigileant.
Merci pour cet avis, c'est toujours intéressant de voir de l'autre côté du miroir
Me revoici par ici ! Toujours aussi active !!
Je t'embrasse les pieds dans l'eau
@ Merci pour cet encouragement.
@BJC: ah! te revoilà
Faut-il "comprendre les pieds dans l'eau"
- arrgh! encore une qui profite du Sud
ou
- aïe, avec les pluies diluviennes sur la Côte?
Je t'embrasse.
10 jours de vacances scolaires arrivant à leur fin... 10 jours de pluie non stop... voire orages spectaculaires Marseille est triste sous la pluie...
Ils ont moins de chance sur le vieux port... c'est impressionnant
=> occuper ma graine d'ADN (DS, Scrabble, Tridomino, crêpes party, DVD, lecture...)
=> moi, elle m'arrange bien la pluie : réparation ordi
Quant aux pieds dans l'eau... le temps que cela monte jusqu'à moi, j'ai le temps de voir venir
bises
Oui, j'ai des souvenirs des parkings inondés par là-bas!
La pluie ne dure jamais trop longtemps...un bon coup de Mistral...et du beau temps
Il y a une quinzaine de jours, la SCAM (Société Civile des Auteurs Multimédia) dont je suis sociétaire et la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) organisèrent une journée en compagnie de M. Toubon pour la loi sur le piratage, M. Copé et Mme Albanel pour la réforme de l'audiovisuel public.
Je passe sur le spectacle désolant de médiocrité et de veulerie devant le pouvoir dont firent preuve mes semblables qui s’exprimèrent. Je passe moins sur la moyenne d’âge des 150 à 200 participants à la réunion qui voisinait plutôt les 60 ans que les 30.
Pour ce qui est de la loi sur le piratage et la protection des droits d’auteur, le problème posé au législateur n’est pas simple. Pour l’heure il se contente de parer au plus pressé en essayant de ménager un ensemble d’intérêts contradictoires qui sont encore encadrées par des lois obsolètes. C’est le propre des lois d’être en retard sur les mœurs. En attendant de mettre tout à plat et de tout redéfinir (le droit d’auteur compris), le texte de loi, examiné depuis au Sénat, est beaucoup moins sévère que l’absence de texte spécifique. Jusque là tout acte de piratage sur l'internet relevait du pénal comme n’importe quel acte de piratage et le contrevenant s’exposait à des peines très lourdes inscrites dans son casier judiciaire. Aujourd'hui le piratage sur l’internet est spécifique et il relève d’une autorité administrative. Deux ou trois avertissements d'abord par mail, puis une lettre recommandée. Enfin si la personne persévère malgré les avertissements, une suspension de trois mois de l'accès à l'internet –à l’exception des mails-. C'est un cache misère en attendant mieux.
C’est vrai aussi que les droits des auteurs servent de paravent et qu’il s’agit surtout de protéger les intérêts financiers des majors. Rien de plus normal. Dans le système capitaliste qui est le nôtre, les domestiques élaborent d’abord des lois pour protéger leurs maîtres.
Je suis d’accord avec ce que semble suggérer Véronique. Mais redéfinir les droits d’auteur c’est s’exposer à des combats d’arrière garde, plutôt qu’à la recherche commune de lois adéquates à la nouvelle donne. Il faut attendre un peu que les vieux barbons de mon espèce disparaissent et que les jeunes qui n'étaient pas à la réunion prennent les choses en main.
Un dernier petit mot. Les menaces de Big Brother ne sont pas des menaces à venir. Téléphone cellulaire, carte bleue, carte navigo, carte Vital, adresse IP, puces RFID des supermarchés, etc... Nous sommes fliqués en permanence depuis bien longtemps avec notre totale complicité.
un ptit lien en passant : http://www.jaimelesartistes.info
un ptit lien en passant : http://www.jaimelesartistes.info
@Robert: je n'en attendais pas moins de toi; moi aussi je suis membre de ces deux sociétés d'auteurs et suis d'accord avec toi sur les combats d'arrière garde; et d'ailleurs quasi sur tout. Ton analyse est plus aigüe et plus fine que la mienne. Et tu sais aussi comme moi que pour faire "bouger" les producteurs (français en tout cas)...
@ J'aime les artistes: merci pour le lien; j'irai lire.
@Véronique
C'est qu'il est abusif d'utiliser le terme de producteur pour ce que j'appelle plus volontiers des comptables. Il ne faut donc pas compter...sur eux.
Tu le sais, j'ai passé une grande partie de ma vie professionnelle sur les plateaux de cinéma. J'ai donc connu des producteurs. C'est à dire des gens qui entreprenaient des films sans avoir et sans même être sûr d'avoir le premier centime. Feu Alain Dahan et feu Humbert Balsan, ou le dernier des grands producteurs franco-portugais Paolo Branco. Sans Alain, sans Humbert et maintenant encore, sans Paolo, des tas de films n'auraient jamais vu le jour et Oliveira ne ferait plus de film depuis longtemps, le génial réalisateur Pedro Costa ne léverait pas un centime dans les chaînes de télévision et les comptables ne le regarderaient même pas. D'ailleurs ils ne savent même pas que Costa existe. Bref il ne fauit plus compter que sur nous-mêmes. Je t'embrasse.
@j'aime les artistes
hé bien pas moi. Je n'aime pas les artistes. Je n'aime pas les artistes parce que je n'aime pas les généralités. J'aime l'ange Amy Winehouse, j'aime la dingo Camille, mais je déteste les singes hurleurs -complétez avec des noms-. J'aime Sciarrino et Nono, Maderna, Stockhausen, Webern et plein d'autres, mais je déteste les faiseurs comme Glass, Reich ou Pärt.
J'ai fait un tour sur votre lien, mais je préfère aiguiller sur la page d'accueil qui a le mérite de résumer honnêtement en quelques mots le contenu du projet de loi. http://www.jaimelesartistes.fr/
@Robert, je sais tout ça. Reste comme tu es. Une exception. Je t'embrasse.