Le sentiment de sécurité - Introduction
Par Véronique Rabuteau le mercredi 2 juillet 2008, 11:36 - Communauté - Lien permanent

Début de ma tentative de traduction de l'essai de Bruce Schneier "Sécurité et comportement humain" (janvier 2008).
Précaution d'usage: je laisse entre paranthèses en anglais les termes qui m'ont posés quelques problèmes de traduction et j'espère votre indulgence quand à certaines transpositions!
En le traduisant (l'auteur), je remarque qu'il a une forme d'esprit, très démonstrative, et, comment dire "binaire"; l'image est facile (il s'agit d'un spécialiste des codes informatiques!), mais je vous assure que c'est un sentiment curieux: une proposition énoncée et son contraire, tout le temps (ce qui n'exclu pas la synthèse). A suivre, donc...
Pour ce matin, voici l'introduction générale de l'essai:
"La sécurité est à la fois une sensation et une réalité. Les deux n’ont rien à voir.
La réalité de la sécurité est mathématique, étayée par le calcul de probabilité de certains risques et l’efficacité des différentes mesures pour les contrer.
Nous pouvons ainsi calculer si votre maison est protégée des cambriolages en incluant des facteurs comme le taux de criminalité dans votre voisinage et vos habitudes quant à la façon dont vous fermez vos portes. Nous pouvons calculer le taux de probabilité qui est le vôtre de vous faire assassiner dans les rues par un inconnu ou chez vous par un membre de votre famille. Ou bien, comment vous pourriez être victime d’une usurpation d’identité. En ayant accès à un large éventail de statistiques sur la criminalité, ce n’est pas vraiment compliqué. D’ailleurs, c’est ce que les compagnies d’assurance font à longueur de temps.
Nous pouvons aussi déterminer comment une alarme adéquate vous permettra de mieux protéger votre maison du cambriolage, ou comment une opposition à votre carte de crédit (credit freeze) vous protégera d’une tentative d’usurpation d’identité. Encore une fois, si l’on possède assez d’éléments, c’est facile.
Mais la sécurité est aussi affaire de sensation qui n’a alors pas de rapport avec les probabilités ou les calculs mathématiques, mais avec vos réactions psychologiques au risque et à la façon de le contrer.
Vous pouvez être terrifiés par le terrorisme, ou au contraire penser qu’il ne faut pas s’en inquiéter plus que cela. Vous pouvez être rassurés en voyant les autres enlever leurs chaussures pour passer au détecteur de métaux des aéroports, ou bien y être indifférents.
Vous pouvez penser que vous faites partie d’une population à haut risque d’être cambriolé, à risque modéré d’être assassiné, et à faible risque de vous voir usurper votre identité. Et votre voisin, à situation identique peut penser qu’il court un grand risque de se faire pirater son identité, un risque modéré d’être cambriolé et peu de risque d’être assassiné. Ou, plus globalement, vous pouvez être en sécurité même si vous ne vous sentez pas en sécurité, ou vous sentir en sécurité alors que vous ne l’êtes pas. Le sentiment de sécurité et la réalité de la sécurité sont certainement liés aussi sûrement qu’ils désignent deux choses différentes. Nous devrions sans doute leur attributer des noms différents.
Cet essai est ma première tentative pour définir le sentiment de sécurité : d’où tire-t-il ses origines, comment fonctionne-t-il, et pourquoi il diverge de la réalité de la sécurité.
Quatre champs de recherche - dont deux très proches - peuvent contribuer à éclairer cette notion : Le premier est le comportementalisme économique (behavioral economics), parfois appelé comportementalisme financier. Il interroge des notions telles que l’émotion, le social et le cognitif et comment elles interfèrent dans les décisions économiques.
Le second est la psychologie des processus de décision et, plus précisément, la rationalité maîtrisée qui interroge le « comment » nous prenons des décisions. Aucun des deux n’est directement lié à la sécurité, mais tous deux pointent vers la notion de risque (…) et aident à comprendre la différence entre la sensation et la réalité de la sécurité.
Il y a également des recherches menées dans la psychologie du risque. Des psychologues ont étudié la perception du risque en essayant de comprendre quand nous exagérons ou minimisons le risque.
Un quatrième domaine de recherche pertinent est celui des neurosciences. La psychologie de la sécurité est directement liée à la façon dont nous pensons, à la fois intellectuellement et émotionnellement. A travers les siècles, nos cerveaux ont développé des mécanismes complexes pour faire face aux menaces. Comprendre comment ils fonctionnent, et comment ils dysfonctionnent, est central pour aborder le sentiment de sécurité.
Ces domaines ont beaucoup à apprendre aux praticiens de la sécurité, qu’ils conçoivent des produits en sécurité informatique ou qu’ils mettent en oeuvre les politiques de sécurité nationale. Si cet essai peut sembler encore tâtonner c’est que je suis au tout début de mon exploration de cet immense champ de recherche. D’une certaine façon, je suis un peu comme une pie qui, dans la majeure partie de cet essai dirait : ‘Regardez ça ! Incroyable. Et là aussi, regardez ! Fascinant!”
Quelque part au milieu de tout ceci, une trame se tisse, des leçons émergent que nous pouvons retenir - autrement qu’en se contentant de dire « les gens sont prévenus » -, et des possibilités de concevoir des systèmes de sécurité qui prennent en compte le sentiment de sécurité plutôt que de l’ignorer."




Commentaires
ça commence comme Numb3rs (la série) et cela finit comme Matrix... intéressant
Oui, c'est vrai! Et ce n'est pas fini!!