Bienvenue à la Ferme
Par Véronique Rabuteau le vendredi 18 avril 2008, 11:07 - Communauté - Lien permanent

En ce moment, je lis beaucoup et me documente sur Internet et le Web, répondant toujours à la nécessité de comprendre ces outils, savoir s'en servir, envisager les transformations qu'ils induisent dans la société.
Un article de Chris Minnick publié dans l'intéressant Internet Evolution (le magazine électronique d'IBM) m'a mis la puce à l'oreille (si j'ose dire!) sur une question que je me posais depuis un moment.
L'article porte sur les différentes églises qui fleurissent sur le Web (ce qui n'est pas le sujet ici), et cite notamment l'exemple de The Church of Google, un exemple d'autodérision sur Google comme nouvelle divinité, démontré en 9 points (c'est très drôle). En réfléchissant, je me suis demandée si, en restant dans l'idée, la divinité sur le Web c'était le fournisseur de contenu?
La réponse est certainement: oui, mais nous sommes encore dans une société polythéiste, dotée d'églises puissantes et peu nombreuses!
Je m'explique: le contenu doit être transporté, distribué et stocké mondialement. La question que je me posais est celle du stockage des données mondiales (avec les quantités nécessitées pour des contenus de plus en plus riches et exponentiels: textes, images, vidéos etc). Si je réfléchis à celà, c'est essentiellement pour deux raisons: celle qui concerne le fonctionnement à long terme des WebTV enrichies, et celle qui concerne le futur du Web comme une sorte de mémoire pour les sociétés, et les individus.
Donc, comment ça marche? Qui fait quoi?
C'est là que j'ai découvert les Data Farms (fermes de données); visiblement, si j'ai bien compris, ces gentilles fermettes de milliers de m2 sont surtout implantées aux Etats-Unis.
Elles nécessitent du personnel, des machines, de gros investissements, des lignes à haute tension et des systèmes de climatisation performants. Ce qui voudrait dire sans doute que notre monde virtuel produit une pollution énorme et bien réelle! Au passage, j'ai découvert les termes suivants: Yottaoctet, un Yo étant équivalent à un million de milliard de milliards d'octets...et aussi pétaflops, soit 1 million de milliards d'opérations mathématiques à la seconde (ça, ce n'est pas pour tout de suite)....essayez d'imaginer le traffic et la production mondiale à stocker!!

Nos "stockeurs" mondiaux ont inventé récemment pour les NAS, SAN et VTL (systèmes de stockages) les serveurs virtuels (processeurs type X86): alors là, pour moi, c'est de la science fiction! Parce que virtuels oui, mais ils doivent bien stocker aussi quelque part! J'avoue avoir du mal à comprendre. J'ai l'impression qu'il s'agit d'applications qui permettent de pallier à l'encombrement et la panne de certains serveurs, comme un service +. Si certains ont des lumières, qu'ils les apportent!
Ces serveurs virtuels ne font pas l'unanimité, suivant qui les fabrique. Et là, nous arrivons au "qui fait quoi"...Je suis allée sur différents sites des fournisseurs mondiaux (je vous recommande la démarche pour comprendre ce qui se joue). Sur le site de NettApp (anciennement Nett Appliance), il y a un blog, Le blog de Dave qui a procédé à un classement personnel des différentes églises sociétés mondiales leaders sur le marché (les facteurs du classement sont multiples, et certaines données peuvent avoir changé depuis, mais cela donne une idée): selon ce classement de 2007, au monde, ils sont 27, dont 6 majors (comme CISCO Systems ou Microsoft).
La vraie puissance de demain, c'est eux...avec les fournisseurs de contenu (autre histoire, trop longue que je raconterai dans un prochain billet).
Contrairement aux anglo-saxons, en France, nous ne réfléchissons pas beaucoup à ce type de questions (il y a quand même des analyses, heureusement). Pour continuer à utiliser ce formidable outil collaboratif, nous devrions peut être poser les bonnes questions au bon moment au risque, sinon, de devoir suivre le mouvement et les règles dictées par d'autres...
Illustration 1: Mandelia




Commentaires
Et bé !!! Tu as sacrément travaillé !!
C'est très impressionnant.. J'étais déjà pantoise devant les Mormons et leur archivage de l'état civil mondial... Mais là... On se dit que StarGate n'est finalement pas si loin...
Comment ça tu ne connais pas les pétaflops ? On est entouré de pétaflops ! Bon moi j'ai pas encore atteint le niveau 3 des pétaflops, mais je travaille mes soustractions...
Très beau boulot Véronique et très instructif. Merci pour ce partage
Et, bien, quel boulot ! Les chiffres avancés sont vertigineux, moi qui ne suis pas du tout matheuse, j'en ai des sueurs froides !
Merci Véronique pour ce billet plus qu'instructif. J'ai beaucoup de retard sur le net, il va falloir que je prenne des cours du soir...
A très bientôt.
Bonsoir Véronique !
Passionnant ton article dont je m'amuse au constat qu'il précise une info lue, mais où (si ça me revient je passe te le dire), à propos du coût énergétique d'Internet.
Il s'agissait d'une sorte de comparatif entre la consommation électrique d'une grande ville et
celle du web.
Une piste que je suis pour tenter d'en retrouver trace et qui me conduit à trouver ça :
"Entre 2000 et 2005, la consommation électrique des centres informatiques a doublé, atteignant 45 milliards de kilowattheures, soit un total annuel de 7,2 milliards de dollars à l'échelle de la planète. Aux Etats-Unis, cela ne représente encore que 1,2 % de la consommation nationale, selon une récente étude publiée par un chercheur de Berkeley (Californie). Mais si rien ne vient corriger la tendance, la consommation totale des serveurs aura progressé de 76 % en 2010. Et encore, cette étude, financée par le fabricant de microprocesseurs AMD, ne donne sans doute qu'une estimation minimale de l'ampleur de cette explosion. Elle ne prend pas en compte les derniers centres de Google, dont la population exacte des serveurs, aux alentours de 450 000 unités, est tenue secrète." (ici : http://beer2beer.over-blog.com/cate...
Internet nous donne l’illusion que les échanges qui s’y déroulent limitent les coûts énergétiques.
C’est loin d’être le cas.
Mais peut être que cela nous écarte de ton sujet...
@Sylvie: merci beaucoup; tu n'as pas de "retard", tu fais plein d'autres choses
@Christine06: merci de ta venue, cela me fait plaisir!
Et merci de cette info. En fait, depuis hier, je m'interrogeais aussi sur cette histoire et ton article me confirme ce que je pensais.En même temps, peut-être faut-il nuancer: par rapport à cette consommation, il y a également d'autres possibilités: baisse des déplacements "réels", baisse de production de certains documents papier, etc Alors, la question est, est-ce que "l'un dans l'autre" cela ne va pas trouver un point d'équilibre. Il faudrait aussi vérifier pourquoi c'est un fabricant de microprocesseurs qui publie cette étude? Peut-être a -t-il quelque chose à vendre (comme X86) considéré comme "moins polluant";j'irai regarder.
A bientôt!
Christine06:Suis allée lire l'article (les puces chauffent, chauffent!!) c'est très intéressant;je continue à chercher! Merci
Me revoilà, après un premier tour d'horizon et notamment via le site (anglophone, car la version française n'est pas à jour!) d'AMD: en fait, toutes ces infos ont été publiées à la même période de 2007. Cette même année, AMD, 2ème après Intel, a lancé un nouveau microprocesseur (quadri-coeur, plus performant).
En cherchant un peu plus: ce à quoi je n'avais pas pensé, c'est que ces consommations d'énergie coûtent cher (ils ont de grosses factures d'électrecité!!), donc, il faut optimiser les choses à la fois pour réduire la facture et tenir compte des préoccupations environnementales (après les ampoules basse conso, les puces!).
Des infos sont dispobibles (en anglais): http://weblog.infoworld.com/sustain...
et ici: http://www.thegreengird.org/home
Ce dernier est le regroupement d'une bonne partie des principaux intéréssés (dont ADM, Intel, Cisco, Brtish Telecom...) visant à trouver des solutions. La dernière info date du 4 février de cette année où avait lieu à San Fransisco une rencontre visant à définir un certain nombre de préconisations. Compte rendu non encore publié.
salut Véronique,
Ouah ! ça c'est de l'enquête, non je suis vraiment impressionné par tout ce que tu as trouvé. C'est vrai qu'en y réfléchissant bien il y a quelque chose de paradoxal entre notre préoccupation grandissante pour les questions d'environnement, et le développement des technologies informatiques. Ton article me permet de mieux comprendre la démarche mise en place par Greenpeace (http://blog.greenpeace.fr/toxiques) . Au début je ne comprenais pas trop, mais avec ton article tout prend son sens. De plus, si on rentre dans le détails des produits chimiques, alliages et métaux qui rentrent dans la composition de nos chères machines, c'est le vertige assuré...On devra bientôt surfer avec un masque à gaz... si si c'est sérieux, je viens d'ouvrir un onglet dans google pendant j'écris ce commentaire et je tombe sur ça
http://www.01net.com/article/316433...
et ça par exemple http://news.zdnet.com/2100-9584_22-...
et j'ai à peine cherché...
mais qui va donc lancer l'ordinateur DURABLE peu polluant aux douces odeurs d'Huile de Ylang ylang...???
@+
Malik
Hello Malik,
merci de cette contribution qui souligne encore un autre aspect effectivement!
Les deux onglets de Google renvoient sur des publications de 2004 (publication d'un rapport aux Etats-Unis), Greenpeace étant plus récent. Chez eux, ils décortiquent nos petites machines familières pour voir ce qu'elles ont dans le ventre! (en 2050 nous aurons une ligue de protection des ordi: non aux expérimentations en laboratoire!!).
Non, sérieusement: tout cela nous rapelle qu'on ne produit rien sans rien. Visiblement, chacun est alerté et fait son travail (il est clair qu'aux "origines" la Nature n'avait pas l'air trop adaptée à subir ça!).
Ton ordinateur durable va finir par arriver...(et l'humain par migrer sur une autre planète un de ses jours!!).
C'était mon humeur futuriste du dimanche matin
A bientôt!
Bonjour Véronique !
Ravie que ce soit utile à ta réflexion.
Les informations que tu transmets par ce sujet contribuent à prendre conscience de la réalité.
Avec en plus l'humeur futuriste, alors y'a pas de doute : "le futur est plein d'avenir" !
Ton métier te conduit à utiliser au mieux une saine curiosité sur des sujets très variés et c'est un bonheur de venir s'enrichir ici !
A bientôt donc...
Christine, merci beaucoup, cela me touche. A bientôt
Mais oui Véronique les pétaflops (flop = virgule flottante) carburent déjà au Japon depuis un an ou deux avec le MDGrape-3 et pour 2009 au Los Alamos National Laboratory. Ci-joint un petit billet que j'ai écrit pour le CNAM à propos des empleintes récentes (février 2008) du CNRS (et déjà obsolètes puisque le CEA vient d'acheter à Bull et pour moins cher un supercalculateur plus performant).
Au CNRS les teraflops d’IBM font flippés Bull.
Afin de rattraper son retard en matière de calcul intensif, le Centre National de la Recherche Scientifique vient de se doter d’un supercalculateur IBM d’une puissance qui donne le vertige.
L’appareil, au joli nom de gène bleue -Blue Gene/P- est capable de calculer en une seconde ce que 300 milles Einstein armés d’une calculette mettraient 20 ans à accomplir. 207 Teraflops telle est la puissance de ce croqueur de « monstrueuses opérations à virgule flottante » (téra Floating-point Operations Per Second), soit 207 mille milliards d’opérations à la seconde.
Le contrat de 25 millions d’euros passé avec le constructeur étasunien, place, désormais, le CNRS dans les tous premiers de la classe. Installé à l’IDRIS, le centre national de calcul situé à Orsay, BlueGene/P permettra aux chercheurs français d’élaborer des modèles et des simulations de plus en plus précis et sophistiqués. Les climatologues, qui seront les premiers à l’utiliser, pourront ainsi étudier et anticiper avec plus de finesse et de pertinence, des phénomènes météorologiques qui mettent en œuvre une imposante quantité de paramètres et qui nécessitent de monumentales opérations. Outre l’étude du climat, l’engin traitera les calculs en océanographie, en astrophysique et en biologie. Le système est répartis dans une dizaine d’armoires confinées dans un espace climatisé, tant la chaleur dégagée par ce dévoreur de nombres est élevée. Cependant, selon Catherine Bréchignac, la présidente du CNRS, l’équipement proposé «bénéficie d’un rapport de consommation d’énergie/puissance informatique délivrée parmi les plus bas du marché actuel». Ce qui explique sans doute que Bull soit resté sur la touche, en attendant la future génération de « number cruncher », des supercalculateurs dont la puissance et la vitesse de calcul avoisinent les « petaflops » soit un million de milliards d’opérations par seconde. (février 2008)
Cher Robert,
merci de cette précieuse contribution; tes talents m'étonneront toujours...Je t'embrasse.
Coucou tous,
Voilà quelques réflexions suite à une lecture rapide :
1. Oui ça consomme un ordi et en prime, ça chauffe. C'est pourquoi les salles de serveurs sont climatisées même en plein hiver, sinon ça fait sauter les plombs
2. Toxique un ordinateur ? Malheureusement oui et la récup est pas vraiment optimale. A améliorer !!
3. Ah bah l'expérimentation, vive les ordinateurs... Euh pardon je me suis laissée emportée !! Disons qu'actuellement, un ordi fait des choses qu'une main humaine ne sait pas encore faire... et cela ne va pas aller en s'améliorant vu le nombre de calcul que la biologie génère actuellement...
4. Pour les supercalculateurs du CEA ou du CNRS, certes c'est top mais cela ne répond pas à tous les problèmes pour les "petites" structures qui ont besoin de très longs temps de calculs, d'où la multiplication d'achat de CPU dans les labo...
Bon ben voilà, résumé fait... Je crois que ma lignée (les bioinformaticiens) ont encore du pain sur la planche pour quelques années !