Je ne reviens pas ici sur les différentes étapes d'évolution du projet avant son acceptation (voir plus bas "Qu'est-ce qu'un producteur?"); une fois le projet validé, les moyens définis, les contrats signés, les repérages éventuels éffectués, le réalisateur va pouvoir tourner. Entrer dans cette partie suppose de savoir ce que l'on veut: ce qui n'aura pas été filmé ne sera pas dans le film...présenté ainsi, cela semble une évidence, mais il n'en est rien. Combien de fois au montage il manque des éléments (de parole, de situations) qui sont définitivement absents! Il ne s'agit pas nécessairement "d'oublis "de la part du réalisateur (dont certains tournent d'ailleurs beaucoup de rushes, cela dépend de leur style), il peut s'agir surtout de quelqu'un qui doute. Doute utile avant, mais terrible pendant! On ne le dira jamais assez. Doute possible malgré tout, chacun y a droit. La durée de tournage pour un film documentaire TV de 52' est d'environ 20 jours (mais là encore, attention: que des cas particuliers suivant la nature des choses).

Passons au montage (que les réalisateurs qui me lisent me pardonnent cette grande ellipse): enfermé avec son monteur/monteuse le réalisateur commence un huit clos de plusieurs semaines entre images et textes (s'il y a des décryptages d'interviews par exemple); les machines de montage virtuel vont vite et un film commence généralement par avoir une durée supérieure à sa durée finale (le fameux "ours" de montage), puis va en finesse vers le but recherché. Ici, les choix sont drastiques et c'est, je crois, un perpétuel renoncement (pas forcément douloureux!). Des films très différents peuvent surgir dans un processus de montage et le moindre élément à son importance: choix des plans, coupes, sons, musiques.... Certains réalisateurs construisent sur le discours, d'autres suivant une chronologie, d'autres par segments.Confrontés à ce stade à plusieurs visionnages différents (du ou des producteurs, du ou des diffuseurs, auteurs...), les réalisateurs peuvent être amenés à travailler beaucoup sur leur film au montage. Ils sont alors au centre - périlleux - de volontés parfois divergentes et pas toutes de bonne foi. Visionner un film va renvoyer à plusieurs niveaux d'apréciation, même pour un professionnel: l'empathie pour un domaine donné ou un personnage; la prise ou non de position idéologique ou politique; l'esthétisme, les formats de diffusion....c'est un moment de subjectivité exarcébée où, si tout va bien, le but est d'aller "dans le sens du film" comme disent les producteurs.

Idem pour les finitions du film, en régie et en auditorium son. Là, il s'agit de déterminer les titres et sous-titres, musiques, enregistrement de commentaire, doublages, sous-titrages, traductions, génériques, etc...c'est une étape plus courte mais tout aussi importante, où le réalisateur est présent. J'ai vu des réalisateurs (dans le désordre): écrire des commentaires à la place d'auteurs censés le faire mais invisibles à cette étape; refaire des traductions; changer des plans en conformation; refuser un générique, etc...rien dans un film n'est laissé au hasard pour un réalisateur (pensez-y en regardant leurs films!).

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