
Le dernier billet de notre Modérateur qui fait un point sur la loi Hadopi (et les commentaires qui suivent) m'ont donné envie de me documenter un peu plus sur la question, qui nous concerne tous et qui trouve écho dans mon milieu professionnel d'origine.
Rappellons qu'elle concerne le droit d'auteur et certains droits voisins (ici les droits voisins des artistes interprètes, côté musique donc). J'ai passé deux bonnes heures sur Légifrance, J'aime les artistes, et certains sites européens, pour mieux comprendre.
Et puis, je me suis souvenue. Quand il y a quatre ans je commençais à m'intéresser à la VOD, j'ai pu entendre les réactions des producteurs qui m'entouraient.
Je me rapelle notamment d'une réunion professionnelle, lors d'un marché, ou un acteur ou deux du secteur qui avaient décidé de "se lancer" dans la VOD exposaient leurs point de vue et objectifs devant un parterre de professionnels de l'audiovisuel, plus que septiques.
A l'issue de cette rencontre je me suis précitée vers ce jeune chef d'entreprise pour lui demander sa carte et discuter plus avant avec lui. Mais, les réactions de mes "confrères" étaient dans la tonalité: "ça ne marchera pas", "et pour quelle économie?", "et la question des droits d'auteurs...".
Sans doute savez-vous que lorsqu'on produit un film, on doit en acquérir les droits d'exploitation (je parle ici, modestement du milieu de la télévision française, même pas du cinéma).
Contrat avec les auteurs, les réalisateurs, les fournisseurs d'archives (filmées, photographiques), compositeurs de musique... chaque exploitation ultérieure doit être prévue: pourcentages sur les ventes, rétribution à la diffusion via les collectes des sociétés d'auteurs, etc. De plus, lorsqu'on produit un film, la chaîne de télévision (avec des statuts variables) à aussi des droits. Et puis, si l'on se met à plusieurs (producteurs), on partage aussi les droits...on appelle ça la chaîne des droits. Dans certains cas de figures, c'est un vrai casse-tête!
Ces cessions de droits et les rétributions qui s'ensuivent doivent s'adapter aux évolutions en cours; en fait c'est, en partie me semble-t-il, le sens du projet de loi en question: en réglementant il vise à sécuriser les acteurs du marché (producteurs, chaînes de téléivion, distributeurs) pour les inciter à aller dans le sens de l'adaptation (certains articles du code de la propriété intellectuelle sont abrogés et/ou aménagés, ce qui n'est pas rien, en France en tout cas).
Ca va sans doute vous sembler étrange, mais vu du côté des producteurs (pour une grande majorité), le Web est un monde parallèle auquel ils ne comprennent pas grand chose.
Ce ne sont pas des utilisateurs réguliers (il y a bien sûr des exceptions), beaucoup pensent que "ça ne va pas durer" (l"engouement), que les Web TV sont comme les radios libres (ça va se tasser), et que pourquoi regarder sur un petit écran ce que l'on fabrique exprés pour de plus grands écrans! Sans parler des DVD: quand on leur dit qu'ils sont amenés à disparaître, certains sont encore septiques...
Pour avoir une chance d'obtenir (ce dont personnellement je rêve) de vastes vidéothèques virtuelles accessibles à un grand nombre et à des coûts réduits, peut-être faut-il en passer par là.

Pour le reste, le côté "risposte graduée" destinée à lutter contre le piratage et son arsenal qui se veut plus incitatif que répréhensif....
Et surtout l'obligation pour les opérateurs et les fournisseurs de service de donner accès aux données personnelles, telles que coordonnées postales, etc... pour moi c'était plutôt réservé à la grande criminalité... bienvenue à Gattaca, encore une fois, messieurs recoupez vos fichiers, nous allons avoir de beaux profils virtuels (quand je vous disais que la profession de Webprofiler était un métier émergent!!).
"Hamlet et Horatio au cimetière", Eugène Delacroix (1798 - 1863)
Crédit Photo Freemages, Christophe Eyquem Bibliothèque du Vatican
Et pour le titre du billet, c'est Hamlet (Marcellus) "Something is rotten in this state of Denmark"!